Pas le temps de lire ? Voici l’essentiel
- Un moratoire sur les énergies renouvelables vise à suspendre temporairement les projets éoliens et solaires.
- En juin 2025, l’Assemblée nationale a brièvement adopté un tel amendement, avant de le rejeter massivement quelques jours plus tard.
- Un moratoire aurait menacé près de 80 000 emplois et freiné la transition énergétique française.
- La France risquerait alors de manquer ses objectifs climatiques européens (Fit for 55, RED III).
- Le débat oppose les partisans du nucléaire comme pilier unique, et ceux défendant un mix équilibré incluant fortement les renouvelables.
Le débat sur le moratoire des énergies renouvelables a enflammé la scène politique française en juin 2025. Derrière cette expression se cache une mesure radicale : suspendre toute nouvelle installation éolienne ou photovoltaïque sur le territoire. Si cette idée a brièvement trouvé une majorité parlementaire, elle a finalement été rejetée, illustrant les fractures profondes autour de la stratégie énergétique nationale.
Faut-il vraiment mettre un coup d’arrêt aux renouvelables pour miser exclusivement sur le nucléaire ? Ou au contraire accélérer sur toutes les sources d’énergie décarbonée afin de répondre aux objectifs climatiques européens ? Cet article fait le point complet sur les enjeux économiques, politiques, juridiques et climatiques d’un tel moratoire.
Qu’est-ce qu’un moratoire sur les énergies renouvelables ?
Un moratoire, en droit, désigne la suspension temporaire d’une décision ou d’une politique publique. Appliqué aux énergies renouvelables, il signifie l’arrêt, pour une durée indéterminée ou fixée, de l’instruction et de l’autorisation de nouveaux projets.
Concrètement, un moratoire sur les éoliennes terrestres, en mer et le photovoltaïque empêcherait l’administration de délivrer des permis de construire ou d’exploitation. Les projets déjà en cours pourraient éventuellement se poursuivre, mais aucun nouveau ne serait lancé.
Ce type de mesure a déjà été observé dans d’autres pays européens :
- Espagne (2012-2017) : gel des subventions et des nouveaux projets solaires et éoliens, entraînant un effondrement du secteur.
- Allemagne : plafonnement des capacités renouvelables dans certaines régions, pour des raisons de réseau électrique.
En France, une telle suspension serait une première et représenterait un tournant majeur dans la stratégie énergétique.
Retour sur la polémique de 2025
L’amendement du 19 juin : un vote serré
Le 19 juin 2025, l’Assemblée nationale a adopté un amendement visant à instaurer un moratoire sur les projets éoliens et solaires. La mesure a été portée par le député Jérôme Nury (Droite républicaine) et soutenue par le Rassemblement national. Résultat : 65 voix pour, 62 contre. Un passage en force qui a surpris, d’autant plus que le texte incluait également la réouverture impossible de la centrale nucléaire de Fessenheim.
Le ministre de l’Énergie Marc Ferracci a immédiatement dénoncé un vote « irresponsable », pointant le risque pour les milliers d’emplois liés aux filières renouvelables. Les syndicats professionnels, comme Enerplan, ont eux aussi tiré la sonnette d’alarme.
Le rejet du 24 juin : retour en arrière
Cinq jours plus tard, le 24 juin 2025, l’Assemblée nationale a rejeté massivement la proposition de loi dans son ensemble : 377 voix contre 142. Cet écart illustre la mobilisation générale contre le moratoire, des associations environnementales aux syndicats en passant par une large majorité de députés.
Le texte doit néanmoins poursuivre son parcours législatif, avec un examen prévu au Sénat début juillet 2025.
Un débat révélateur de fractures politiques
Au-delà du vote, cette séquence illustre deux visions opposées :
- Les partisans du nucléaire, qui veulent en faire le pilier exclusif du mix énergétique.
- Les défenseurs des renouvelables, pour qui éolien et solaire sont incontournables afin d’atteindre rapidement la neutralité carbone.
Le moratoire est donc moins une mesure technique qu’un symbole idéologique, cristallisant les tensions entre deux modèles de transition énergétique.
Les conséquences potentielles d’un moratoire
Impact économique et social
Un moratoire sur les énergies renouvelables aurait des répercussions immédiates sur l’économie française. Selon l’association France Renouvelables, près de 80 000 emplois directs et indirects seraient menacés. Ces postes concernent principalement :
- les installateurs photovoltaïques, dont l’activité connaît une forte croissance ;
- les entreprises spécialisées dans la construction d’éoliennes terrestres et maritimes ;
- la maintenance et l’exploitation des parcs existants ;
- les bureaux d’études et ingénieries locales, fortement implantés en région.
Ces emplois sont qualifiés de non délocalisables, car liés à des chantiers de terrain. Un arrêt brutal des projets créerait un « plan social massif », comme l’ont dénoncé plusieurs syndicats professionnels.
Impact énergétique et climatique
Sur le plan énergétique, un moratoire retarderait considérablement l’atteinte des objectifs européens :
- Directive RED III : accélération de la part des énergies renouvelables d’ici 2030 ;
- Plan Fit for 55 : réduction des émissions de CO₂ de 55 % d’ici 2030 ;
- Accord de Paris : neutralité carbone en 2050.
Sans nouvelles capacités renouvelables, la France serait contrainte de :
- soit prolonger ses centrales fossiles (gaz, charbon en secours),
- soit accroître ses importations d’électricité depuis ses voisins européens, avec un surcoût pour les consommateurs.
En outre, la comparaison des coûts de production illustre le paradoxe d’un tel gel :
| Source d’énergie | Coût moyen (€/MWh) | Délai de mise en service |
|---|---|---|
| Solaire photovoltaïque | 40 – 60 | 6 à 24 mois |
| Éolien terrestre | 50 – 70 | 2 à 4 ans |
| Nucléaire (nouveau réacteur) | 100 – 120+ | 12 à 15 ans |
| Gaz fossile | 90 – 150 (selon marché) | Rapide (importations) |
Un moratoire placerait donc la France en décalage avec la tendance mondiale, où le solaire et l’éolien sont désormais parmi les moyens de production les plus compétitifs.
Conséquences pour les particuliers et entreprises
La mesure aurait aussi un impact direct sur les consommateurs :
- Particuliers : frein à l’autoconsommation solaire, en plein essor.
- Entreprises : impossibilité de développer de nouveaux parcs photovoltaïques en toiture ou ombrières, alors que ces solutions réduisent leurs factures d’électricité.
- Collectivités : perte de recettes fiscales et économiques liées à l’accueil de projets éoliens et solaires sur leur territoire.
En somme, un moratoire risquerait non seulement de ralentir la transition énergétique mais aussi de renchérir la facture énergétique des Français.
Un débat au cœur de la stratégie énergétique française
Le rôle du nucléaire
La France reste une exception mondiale par la part prépondérante du nucléaire dans son mix électrique (environ 65 % de la production en 2025). Pour certains élus, le nucléaire doit constituer le pilier exclusif de la stratégie énergétique nationale.
Les arguments avancés en faveur du nucléaire sont :
- une énergie pilotable, disponible en continu contrairement à l’éolien et au solaire intermittents ;
- des émissions de CO₂ très faibles par kWh produit ;
- une filière industrielle française déjà implantée, avec des compétences reconnues.
Cependant, plusieurs obstacles sont régulièrement soulignés :
- les délais de construction : au minimum 12 à 15 ans pour un nouveau réacteur ;
- les surcoûts financiers : des projets récents ont largement dépassé leurs budgets initiaux ;
- les questions de sûreté et de gestion des déchets, toujours sans solution définitive.
La question de la souveraineté énergétique
Les partisans du moratoire avancent souvent l’argument de la souveraineté nationale. En réalité, la France dépend encore à près de 60 % de ses importations d’hydrocarbures pour sa consommation énergétique globale (transport, chauffage, industrie).
Un ralentissement des renouvelables renforcerait cette dépendance, alors que :
- le solaire et l’éolien peuvent être installés rapidement sur le territoire ;
- ils réduisent la facture des importations ;
- ils participent à l’autonomie énergétique des collectivités locales.
En ce sens, un moratoire aurait l’effet inverse de celui recherché : accroître la dépendance aux énergies fossiles importées, tout en fragilisant la sécurité énergétique française.
Les tensions entre démocratie et efficacité
Le débat parlementaire autour du moratoire a aussi révélé une faille démocratique. La loi Climat de 2019 avait prévu que la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) soit débattue et votée dans le cadre d’une loi de programmation énergie-climat (LPEC). Or, le gouvernement a parfois privilégié la voie réglementaire, déclenchant de vives critiques.
Le moratoire a donc servi de catalyseur à des tensions plus larges :
- entre le Parlement et le Gouvernement, sur la maîtrise de la politique énergétique ;
- entre les collectivités locales et l’État, autour de l’acceptabilité sociale des projets d’éoliennes ou de parcs solaires ;
- entre acteurs économiques, certains voyant dans le nucléaire une priorité stratégique, d’autres dans les renouvelables une opportunité d’investissement immédiat.
Ces tensions institutionnelles alimentent une incertitude réglementaire, considérée par de nombreux investisseurs comme le principal frein au développement des énergies renouvelables en France.
Les alternatives à un moratoire « dur »
Le risque d’un « moratoire light »
Même si l’Assemblée nationale a rejeté le texte du 24 juin 2025, plusieurs juristes alertent sur le risque d’un « moratoire light ». Derrière l’abandon officiel d’une suspension totale, d’autres dispositions pourraient en réalité freiner le développement des renouvelables :
- remplacement des objectifs « énergies renouvelables » par des objectifs « énergies décarbonées », incluant le nucléaire ;
- exclusion explicite de l’éolien et du solaire de la liste des énergies prioritaires ;
- suppression des objectifs spécifiques par filière (éolien offshore, hydraulique, chaleur renouvelable, etc.) ;
- priorité donnée au nucléaire comme « fondement stratégique » du mix énergétique français.
Autrement dit, même sans moratoire officiel, certaines mesures pourraient limiter indirectement la croissance des renouvelables en réduisant les soutiens financiers et réglementaires qui leur sont attribués.
Le compromis nucléaire + renouvelables
De nombreux experts plaident pour un mix équilibré, associant nucléaire et renouvelables. Les arguments avancés :
- le nucléaire assure une production continue et stable ;
- les renouvelables permettent une montée en puissance rapide, indispensable pour respecter les échéances climatiques de 2030 ;
- l’association des deux réduit la dépendance aux importations fossiles.
Cette approche souligne que l’essor du solaire et de l’éolien n’est pas incompatible avec la relance du nucléaire, mais qu’un gel brutal fragiliserait la filière française et ferait perdre un temps précieux face à l’urgence climatique.
L’opinion publique et les collectivités locales
Un autre élément central du débat concerne l’acceptabilité sociale. Contrairement à certaines idées reçues, de nombreux projets éoliens et solaires bénéficient d’un large soutien local, notamment lorsqu’ils sont portés en coopératives citoyennes ou via des partenariats avec les collectivités.
Les bénéfices pour les territoires sont multiples :
- recettes fiscales pour les communes rurales accueillant des parcs ;
- création d’emplois locaux, notamment dans l’installation et la maintenance ;
- opportunités de participation citoyenne via des investissements directs dans les projets.
À l’inverse, un moratoire risquerait d’accentuer la défiance vis-à-vis des institutions nationales, en privant les collectivités d’une source de développement économique durable.
Perspectives : quel avenir pour les énergies renouvelables en France ?
Après le rejet du moratoire en juin 2025, l’avenir des énergies renouvelables reste incertain mais porteur d’opportunités. Plusieurs défis doivent être relevés :
- Financement : nécessité de renforcer les mécanismes de soutien public et privé pour sécuriser les investissements dans l’éolien et le solaire.
- Stabilité réglementaire : réduire l’instabilité politique qui décourage investisseurs et collectivités.
- Acceptabilité sociale : mieux associer les citoyens et les élus locaux aux projets pour éviter les blocages.
En parallèle, de nouvelles opportunités émergent :
- essor de l’autoconsommation solaire à l’échelle des particuliers et entreprises ;
- développement des technologies de stockage (batteries, hydrogène vert) pour pallier l’intermittence ;
- intégration des renouvelables dans une stratégie plus large incluant l’hydrogène, la géothermie et la biomasse.
La France a donc le choix : freiner au risque de prendre du retard par rapport à ses voisins européens, ou accélérer pour devenir un acteur clé de la transition énergétique mondiale.
FAQ – Moratoire sur les énergies renouvelables
Qu’est-ce qu’un moratoire sur les énergies renouvelables ?
C’est une suspension temporaire des autorisations de nouveaux projets éoliens et solaires. En France, un tel amendement a été brièvement adopté en juin 2025 avant d’être rejeté.
Pourquoi certains partis politiques y sont favorables ?
Certains élus estiment que les renouvelables nuisent aux paysages, manquent de fiabilité et que seul le nucléaire peut garantir une production stable. D’autres motivations sont davantage idéologiques que techniques.
Quels seraient les impacts sur l’emploi ?
Un moratoire menacerait près de 80 000 emplois non délocalisables liés à l’installation, la maintenance et la conception de projets renouvelables en France.
La France peut-elle encore atteindre ses objectifs climatiques ?
Oui, mais seulement si elle poursuit le développement du solaire et de l’éolien. Sans cela, elle s’exposerait à des manquements à ses engagements européens et devrait compenser avec des importations d’énergie plus carbonée.
Que pensent les Européens de cette idée ?
L’Union européenne encourage au contraire l’accélération des renouvelables via la directive RED III. Un moratoire français irait à l’encontre des orientations européennes.
Conclusion
Le débat sur le moratoire des énergies renouvelables a révélé les fractures profondes de la politique énergétique française : d’un côté, un camp favorable à un nucléaire renforcé ; de l’autre, ceux qui défendent un mix diversifié incluant massivement l’éolien et le solaire.
Si le moratoire a été rejeté, le risque d’un ralentissement déguisé demeure. Plus que jamais, la France doit envoyer un signal clair et cohérent : investir dans toutes les énergies bas carbone disponibles pour garantir sa souveraineté, respecter ses engagements climatiques et soutenir l’emploi.